mercredi 21 mai 2014

BETIZU : GARDIENNES DES MONTAGNES

Rencontre avec Iban Seilliez, Président de l'association Iparraldeko Betizuak, pour parler d'un animal méconnu qui parcourt les montagnes d'Urrugne : le betizu.

Pouvez-vous nous présenter votre association ?

Notre association Iparraldeko Betizuak a été créée en 2006. J’ai pris la relève de mon père qui œuvrait depuis les années 70 à la préservation des betizu.
L’objectif principal de notre association est l’étude pour la conservation et la sauvegarde des populations de betizu du Pays Basque Nord et notamment ceux des massifs du Xoldokogaina à Urrugne et du Mondarrain. Pour cela, on mène différentes actions toute au long de l’année.

Pourquoi cet attachement à cet animal peu connu ?

Justement parce qu’il est peu connu et que personne quasiment ne s’intéresse à la sauvegarde de cette espèce. Puis mon père, avant moi, était un grand défenseur de la race des betizu, il a dû me transmettre sa passion et je tiens à faire perdurer son combat.
A part ça, les betizu ont une importance quasi vitale pour notre région. Historiquement, les betizu ont toujours vécu dans nos montagnes et font en quelque sorte partie du patrimoine régional du Pays Basque. Génétiquement, c’est une espèce de bovin particulière qui intéresse les chercheurs en génétique car elle n’a pas suivi l’évolution traditionnelle des autres races bovines. Elle est restée rustique sans autre croisement.
De plus, nous travaillons avec un laboratoire de l’INRA de Toulouse sur l’étude de la hiérarchisation sociale, la reproduction, le mode de vie des betizus…

Vous pouvez nous expliquer en quelques mots les caractéristiques d'un betizu ?

La traduction en français est «  vache sauvage » (behi =bovin, izu = sauvage). La race des betizu est une des races les plus anciennes de notre continent. Il est difficile de connaître précisément son origine : pour certains elle descendrait même de l’Auroch. Beaucoup de betizu peuplait nos montagnes au début du siècle mais la race fut quasiment décimée avec la construction du train de la Rhune. Seuls quelques spécimens de la race ont survécu à Urrugne et vers Espelette.
Ce sont des bovins dotés d’une grande rusticité : un mâle mesure 1.30 m au garrot et pèse jusqu’à 500 kg. Les femelles sont plus petites avec 1.20 m et pèsent au maximum 350 kg. Ils ont une robe de couleur froment qui varie selon la saison. 


Ces animaux sont impressionnants et peuvent faire peur quand on se balade en montagne, quels sont les conseils que vous pouvez donner aux randonneurs ?

C’est sur que les betizus sont des animaux imposants mais ils ne sont absolument pas dangereux et encore moins les mâles. Les betizu ont l’habitude de voir du monde. Nous n'avons jamais recensé d'accidents avec les utilisateurs de la montagne. Il suffit simplement aux randonneurs de continuer leur chemin sans leur faire attention. Généralement, ils vont lever la tête et surveiller que les personnes ne s’approchent pas de trop près. Dans ce cas-là, ce sont des bêtes craintives qui prendront la fuite.

Elles sont pourtant considérées comme des animaux sauvages ?

Alors en fait tout le paradoxe réside dans leur dénomination car administrativement les betizus n’existent pas. Elles ne se retrouvent dans aucune liste officielle que ce soit les animaux sauvages ou les bovins domestiqués.
Seule la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) reconnaît leur existence depuis 1995 et la qualifie de « population primaire en danger et non maintenue » .

Aujourd’hui les betizus n’ont plus d’ennemis donc leur population doit aller en grandissant ?

Non les betizus sont toujours une espèce en voie de disparition qui se développe doucement. Sur les massifs d'Urrugne surtout autour du lac de Xoldokogaina, nous pouvons compter seulement qu'une quarantaine de spécimens. Cela dit, pour éviter que leur population ne soit trop importante et afin de permettre une bonne cohabitation avec l’homme, nous devons effectuer quelques abattages pour limiter le développement démographique.

Quelles autres actions vous menez pour leur sauvegarde ?

Notre rôle principal est de les étudier  en suivant leur déplacement et en veillant à ce que la cohabitation homme – betizu se passe le mieux possible. Pour cela, nous faisons le lien avec les autorités et nous intervenons sur place lorsque par exemple des betizus rentrent sur une propriété privée. Nous essayons d’anticiper au mieux leur passage et leur déplacement en les cantonnant à des espaces libres dans la montagne. Pour cela, nous mettons en place des passages canadiens ou des clôtures. Toutes ces actions sont mises en place pour veiller à la préservation de la race et éviter au maximum les problèmes.
Après dans l’année nous menons des campagnes de sensibilisation. Avec le CPIE de Baïgorry, nous organisons des sorties naturalistes pour observer les betizus. Nous menons également des actions de communication auprès de la presse, de la radio ou même de la télévision : j’ai tourné il y a pas longtemps un petit reportage pour France 5 et National Géographique.

Merci pour tout, vous souhaitez rajouter quelque chose ?
Nous sommes une petite association comptant seulement une dizaine de membre et nous aurions besoin de personne supplémentaire surtout dans le cadre d’un nouveau projet que nous aimerions réaliser. Pour cela, il nous faudrait des personnes qui se baladent en montagne et qui aiment la photographie afin de nous aider à répertorier les troupeaux et à mieux identifier chaque bête. Donc je lance un appel à toute personne qui souhaiterait venir nous rejoindre et nous aider à protéger les betizus du Pays Basque.
Pour cela, contactez Iban via le site Web : http://www.betiweb.fr/


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